S’il est vrai, comme tu le penses, qu’un peintre ne respire pas comme un écrivain, qu’il ne s’agit pas du même souffle face aux surfaces et dans l’espace qui en sépare, pas de la même suspension, pas du même rythme bien entendu, l’un et l’autre ont affaire aux images, – leur multiplication...
Narcisse dédaigne Echo, elle meurt ; les dieux la vengent : Narcisse conservera la vie tant qu’il ne verra pas son image, lui inversé. Ça n’y coupe pas, c’était écrit : se penchant pour se désaltérer à une fontaine, il tombe en arrêt devant son reflet et qu’il ne peut atteindre. Souffle coupé il en oublie de s’alimenter et meurt, plutôt se change en fleur : « La peinture est-elle autre chose que l’art d’embrasser ainsi la surface d’une fontaine ? » (Alberti.)
La peinture peint la distance, donc la sidération.
Des trois Gorgones, Méduse est la mortelle mais, comme ses sœurs, qui croise son regard se trouve changé en pierre. Persée, coiffé du casque d’Hadès qui rend invisible, coupe la tête de ce-que-l’on-ne-saurait-voir en n’en fixant que l’image, par le miroir poli de son bouclier. La peinture renvoie l’image et tue la mort. Qui s’en empare est invisible.
Etc., etc., etc.
– Et la littérature ?
– Pareil. Sous d’autres sphères, d’autres rapports.
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